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17.10.07

Portrait 20 Exposition AST 67 "Vivre son travail": Didier Fouillet, restaurateur
























Cet article fait partie de la série réalisée dans le cadre du projet de l'AST 67 "Vivre son travail".
Pour en savoir plus, rendez-vous ici.


Croire et oser


Avec Didier, c'est l'histoire d'un hasard, celui qui fait les belles rencontres pour peu que l'on soit prêt à les vivre.

Didier, je l'ai rencontré d'abord dans la rue au coin de son restaurant de Bouxwiller.
Et pour dire vrai, ce sont en fait ses oeuvres qui ont d'abord retenu mon attention.
Car Didier, restaurateur de son état, est non seulement un artisan de la bonne chère, c'est surtout un artiste de la vie, un poète.
Sculpteur à ses heures, c'est donc vers quelques-unes de ses productions en grès des Vosges que mon oeil fut attiré. Elles étaient là, posées contre le mur de son restaurant, dans une minuscule impasse, attendant la main experte qui terminerait de les façonner. J'étais sur le point de les photographier lorsqu'il arriva. Moins de 5 minutes plus tard nous poursuivions notre conversation à l'intérieur de La Petite Alsace, son antre gastronomique dans laquelle il officie en cuisine pendant que son épouse Corinne assure le service en salle.

"Participer à un projet sur le travail, ce que j'en pense, qu'est-ce que j'aime ?"

Oui, bien sûr que Didier était d'accord avec cette idée, du moment que cela nous permettrait de vivre un vrai moment d'échange, d'apprendre à mieux se connaître, de me faire partager sa passion des champignons, de m'emmener, pourquoi pas, sur les hauteurs de Bouxwiller pour me faire admirer la plaine alentour, lui le Lyonnais d'origine aujourd'hui amoureux de ce morceau de province alsacienne.

Rendez-vous était donc pris pour la semaine suivante. "Tu en profiteras pour goûter ma cuisine, tant qu'à faire !"

"J'ai grandi à Irigny, je suis le 14ème d'une famille nombreuse. Mon frère aîné a 26 ans de plus que moi, on peut dire que je suis un petit dernier !"

Assis devant un verre de Muscat délicatement parfumé en guise d'apéritif, mes papilles sont à peu près déjà aussi réjouies que mes oreilles et mes yeux. Je sais déjà que le moment sera délicieux, que cet homme qui accepte avec simplicité de répondre à mes questions est un homme qui vit, qui profite de chaque instant, et qui sait aussi vous offrir ce que la nature lui a offerte. Bref, un joli moment d'humanité comme je les aime s'offre à moi, je vais tout faire pour en profiter au maximum.

C'est jour de relâche aujourd'hui dans le restaurant, comment en serait-il possible autrement ? Un restaurateur comme Didier ne pourrait dans le même temps participer à une séance photos et répondre à une interview tout en surveillant la cuisson d'une viande, préparer une sauce dont il a le secret, s'occuper de son four et servir comme il se doit les amoureux de la vie qu'il accueille chez lui.

"Je suis né en 1962 et depuis tout petit je me souviens qu'à table on était jusqu'à 24 ! Et je me souviens aussi que j'ai toujours vu cuisiner beaucoup de monde. J'ai malheureusement perdu trop tôt mes parents et c'est mon frère aîné et sa femme Colette, qui m'ont élevé. C'est Colette qui m'emmenait au marché - j'avais déjà un bon coup de fourchette en ce temps-là - et qui m'a donné le sens d'acheter correctement pour ne pas me faire pigeonner. Quand on rentrait à la maison, c'est moi qui préparais les frites."

"J'ai connu quelques malheurs dans ma vie mais aussi beaucoup de bonheur. J'ai rencontré des gens extraordinaires. Les gens autour de moi m'ont toujours donné beaucoup d'attention. Et j'ai toujours eu des aînés autour de moi, j'étais en même temps le petit terrible de la maison et le petit chouchou. Et puis, j'ai bénéficié d'un environnement de femmes, j'ai été pour ainsi dire construit par les femmes."

C'est dans un monde paysan, juste à côté de la maison familiale de l'Abbé Pierre, que Didier a grandi. "Les lapins, les poules, les chiens, la pêche, les champignons, la forêt c'était mon royaume. Il y avait de la place pour les animaux chez nous."

Il y a de la place pour l'amitié et la fidélité aussi chez Didier. La preuve, c'est que son ami d'enfance Frédéric ne manque jamais de passer le voir lorsqu'il passe à proximité. "Je devrais d'ailleurs dire mon frère, on a fait les 400 coups ensemble. Nous avons fait beaucoup d'heures supplémentaires à l'école, si tu vois ce que je veux dire ! L'école, c'était pas mon truc. J'avais du mal à me concentrer. Et nous étions une classe difficile. Mais on a tous eu notre BEPC pour faire plaisir à notre prof principal ! Et tu te rends compte, une de mes anciennes institutrices est venue manger dans mon restaurant ici. Ca fait quelque chose. "

Les souvenirs lui sont chevillés au corps à Didier, ce sont ses racines. Il sait d'où il vient cet homme-là. "Les vacances je les passais en Auvergne dans un endroit où vivait une dame qui a aujourd'hui 84 ans. Elle s'appelle Claudia. Elle m'a téléphoné récemment pour me dire Viens me voir avant que je m'en aille !"

"Nos racines, ce sont nos forces aussi", me dit-il dans un sourire pudique.

Didier a rapidement suivi un apprentissage de cuisine. "C'était ça ou être pompier professionnel. J'aimais bien l'uniforme ! Là, en cuisine, il n'y a avait pas de problème, visiblement j'étais fait pour ça. J'ai été le dernier des Mohicans, l'apprentissage se faisait encore au fourneau à charbon ! Et j'y suis allé au charbon ! J'ai eu d'excellents maîtres. L'un deux, ça a été comme mon père. Et je suis allé me former chez des chefs étoilés, en Bourgogne puis en Alsace. Peu à peu, mes bases sont devenues alsaciennes, dans le Haut-Rhin d'abord, puis je me suis installé à Bouxwiller il y a 13 ans. C'est un bel emplacement ici, en plein centre-ville, une ville historique à découvrir."


Son premier restaurant, Didier l'a ouvert à l'âge de 27 ans. "Je n'avais pas un radis de côté. Ca n'a pas été facile, mais j'ai du caractère ! Et avec ma femme, qui est colmarienne, nous formons une vraie équipe, moi en cuisine, elle en salle. Nous travaillons depuis longtemps ensemble, nous avons trouvé le bon équilibre, c'est important vu le temps qu'on passe ensemble. C'est un peu comme l'équipage d'un bateau on doit tenir ensemble sinon on coule!"

Une année de service militaire chez les parachutistes, "ça apprend la discipline" me dit Didier. "J'ai appris à me discipliner envers moi-même. Le dicton du para, c'est croire et oser, ça me va bien !"

Pour Didier, "le restaurant c'est comme un théâtre. il y a une répartition des rôles. Chaque service, c'est comme le rideau qui se lève. On connaît sa partition, son rôle sur le bout des doigts mais c'est toujours un autre public !"

"J'ai besoin aussi de me sentir libre. D'être en mouvement. Une balade en forêt, c'est merveilleux. C'est infini. La forêt c'est mon église à moi. Je suis un homme qui "sent le blaireau", un type de la nature quoi, on ne triche pas avec ça. J'aime ce qui est grand, l'air libre. Je n'aime pas courir dans les pots d'échappement, je préfère de loin m'échapper dans la nature."

Tout l'intéresse. Une vie ne suffirait pas. "Je suis un boulimique de la vie. Je sais que je ne pourrai pas faire le quart de ce qu'il y aurait à faire. En même temps, je suis un type zen. J'ai beaucoup appris sur le terrain et j'aime le contact. Je peux être impulsif, mais j'aime aussi le contrôle et la maîtrise, ça peut paraître paradoxal. L'heure c'est l'heure."

Une nature que ce Didier, c'est sûr. Un homme qui aime partager, qui aime donner. La fin de notre entretien ne pouvait décemment pas finir autrement qu'en me faisant découvrir l'une de ses spécialités... Le repas qu'il me servit ce jour-là fut une vraie fête des sens. Le suivre ensuite sur la colline du Bastberg pour découvrir la nature qu'il aime à retrouver le plus souvent possible me permit une digestion plus facile.


Ses recommandations pour s'éclater dans son métier:

- "Respecter les gens.

- Se faire plaisir, pour faire plaisir.

- Se remettre en question, on n'a jamais fini.

- Donner de la disponibilité.

- Sortir de la routine quotidienne pour se démarquer. La vie est courte si grâce à moi, mon client s'est senti bien accueilli, comme à la maison mais avec une petite surprise en plus, c'est parfait.

- Aller de l'avant, y aller à fond. C'est comme quand je pars dans la forêt, je n'aime pas revenir sur mes pas, je fais un circuit différent à chaque fois.
Aller au-delà de ce qu'on connaît déjà, comme le pilote d'hélicoptère qui peut voir plus haut, plus loin, avec un autre point de vue."

Portrait 19 Exposition AST 67 "Vivre son travail": Marie-Claire Goettelmann, attachée commerciale
























Cet article fait partie de la série réalisée dans le cadre du projet de l'AST 67 "Vivre son travail".
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Femme tout terrain



On dit parfois d'une personne, "c'est une nature".
Je crois que c'est tout à fait ce qu'on pourrait dire de Marie-Claire. Quelqu'un en tout cas qui n'a pas froid aux yeux et qui sait ce que rebondir veut dire.

Son parcours professionnel, c'est avec un CAP de secrétariat bilingue en poche qu'elle le démarre.

"2 ans dans les assurances, bof bof, c'était pas vraiment mon truc. C'était mon pied à l'étrier professionnel, mais j'en voulais plus, je souhaitais avancer et m'épanouir professionnellement. Je stagnais. Il fallait vite que je fasse autre chose."

Cette autre chose, ce sera dans une agence d'intérim, dont elle prendra rapidement la responsabilité, qu'elle commencera à le vivre. Elle y restera 6 ans.

Ensuite ce sera une société d'appareillage électrique-modulaire, dans laquelle elle endossera la fonction de secrétaire de direction pour progresser avec l'entreprise et devenir responsable du service administratif.

"Je me suis éclatée dans cette entreprise. J'étais polyvalente, je m'occupais du personnel, partiellement de la gestion, des relations avec tous les organismes. Ma direction me faisait confiance, j'ai énormément appris dans cette société et je bénéficiais de beaucoup d'indépendance dans ma fonction."

Marie-Claire ne s'endormira pas néanmoins sur ses lauriers puisqu'elle continuera à se former en parallèle en passant en candidate libre un BTS d'assistante de gestion PME-PMI, BTS qu'elle obtiendra avec succès.

"J'avais 34 ou 35 ans, j'avais l'impression sans savoir pourquoi que je devais préparer un avenir autre. Un CAP de secrétariat devenait trop juste dans la vie professionnelle. Je me disais toujours qu'on ne savait pas de quoi serait fait le lendemain. J'avais peut-être la prémonition d'un licenciement, sans aucun fondement à l'époque. Je crois que c'était surtout au départ pour me prouver quelque chose à moi-même que j'ai passé ce BTS."

Et puis, il y a 6 ans, la prémonition se réalise. Marie-Claire fait l'expérience brutale du chômage avec 2200 personnes licenciées en même temps. Un choc terrible après 20 ans d'entreprise.

"Moi qui me sentais toujours jeune et plein d'entrain, je me suis rendue compte lors de ma nouvelle recherche d'emploi que l'âge était considéré comme un handicap par beaucoup d'employeurs. Le coup à encaisser était très rude, le moral en a également pris au passage."

Marie-Claire n'est pourtant que dans la quarantaine avancée lorsqu'elle vit cette expérience douloureuse.

"J'ai répondu à 298 offres d'emploi, j'avais un bon bagage professionnel, je me suis inscrite sur tous les sites internet possibles pour trouver du boulot. A l'ANPE, on m'a même conseillée de supprimer toute référence à mon âge ! Le désert presque absolu, on commence à se sentir pratiquement superflue !

Mais elle n'est pas femme à se laisser faire. Elle s'accroche, se bat, active son réseau de connaissances. Elle qui a tenu temporairement un magasin de prêt-à-porter va se révéler capable d'être sa meilleure vendeuse ! Et ça marche.

Elle occupe aujourd'hui, au sein de Gamma Tech, une structure appartenant au groupe Gamma Architecture, un poste d'attachée commerciale. Le gérant de cette société a cru en elle et ses capacités, ne tenant aucun compte de son âge en lui donnant une nouvelle chance professionnelle.

"Mon boulot, c'est de trouver des terrains constructibles, des biens à rénover, des corps de fermes, des transformations en logements..."

Toutes antennes sorties, Marie-Claire excelle, en fonceuse qu'elle sait être, à renifler et dénicher les opportunités.

"Je cherche, je découvre, j'enquête, je vérifie si le projet est réalisable. En fait, mon job est d'amener du travail à Gamma Tech et par la suite aux architectes de Gamma Architecture qui réaliseront les études techniques et finaliseront les projets avec des investisseurs."

Sur le terrain la plupart du temps, et ça lui convient parfaitement, Marie-Claire ne passe à l'agence que pour finaliser les dossiers et faire le point avec son patron.

Il est évident que ce qui, aux yeux de certains employeurs, semblait un handicap, s'avère aujourd'hui un avantage certain. "A mon âge, je suis capable d'une totale autonomie, je n'ai plus la contrainte d'enfants petits, j'ai des horaires flexibles, j'entre facilement en relation, je sais m'adapter, négocier. J'ai tout simplement l'expérience de la vie. Bref, je me sens à nouveau tout à fait à ma place ici et dans ce poste."

"Lorsque j'ai intégré la structure, je ne connaissais évidemment rien à l'architecture, c'était un tout nouvel environnement pour moi. J'ai découvert un nouveau métier. Je me suis documentée, on m'a aidée de tous côtés au bureau et j'ai la chance d'avoir un patron qui ne cloisonne pas, qui diffuse l'information nécessaire, qui explique les dossiers à ses différents collaborateurs. Il aime faire confiance. Pour lui, comme pour moi, ce qui compte au final ce sont les résultats. Il n'y pas de question d'horaires, lorsqu'on est sur un projet on y est à fond."

"J'aime l'autonomie, je suis curieuse de nature, je veux savoir, je veux apprendre. Tout cela je peux le vivre actuellement dans mon travail. Chaque dossier 'est quelque chose de vivant, ce sont des personnes à rencontrer, des transactions, des projets, des transformations à réaliser. Tout ça peut durer quelques petits mois mais peut prendre parfois jusqu'à 2 ans pour les gros projets. Lorsqu'un dossier est finalisé, la satisfaction est intense, et il y en aura un nouveau qui suivra... En fait, mon travail c'est d'avoir envie et de donner envie. J'ai constaté récemment que même en vacances, j'avais l'oeil professionnel. Je regardais les opportunités, c'était assez amusant. Cala me prouvait que j'avais trouvé mon nouveau chemin."

Marie-Claire avoue un caractère fort. "Je suis obstinée, si je veux quelque chose, je m'accroche. Je ne vais pas attendre pour prendre les initiatives pour y arriver."

On avait compris !

"Je démarre la journée dans la bonne humeur. J'aime que les relations se déroulent de façon agréable. Je ne suis pas souvent de mauvaise humeur et de toute façon si ça ne va pas, ça se remarque. J'ai connu bien des situations difficiles dans ma vie, même très difficiles lorsque je n'avais plus de travail. Certains proches étaient inexistants ou rares dans la période dure mais cela m'a permis de me remettre en question quant à mes fréquentations et à mon entourage et j'ai fait mon ménage personnel. J'ai eu des hauts et des bas dans ma vie de tous les jours mais j'ai toujours cru en moi et fais le maximum pour rebondir!"

Ses recommandations pour s'éclater dans son métier:

- "Aimer ce qu'on fait. Aller au boulot contraint et forcé, c'est le meilleur moyen de s'ennuyer.

- Garder à l'esprit que c'est une chance de travailler. J'en ai fait l'expérience ! Prendre le bon côté de chaque chose qui arrive et en tirer les leçons. Si je ne l'avais pas fait, je serais encore chez moi à me lamenter.

- Se dire que chacun peut s'accomplir à sa façon. Il y a 1000 façons de s'accomplir dans un travail, il suffit de trouver la sienne.

- "Connaître ses capacités mais également connaître ses limites. L'avantage d'avoir 50 ans, c'est qu'on n'a plus besoin de se prouver ce qu'on vaut, on le sait !

- Transmettre ses connaissances, c'est une bonne façon de positiver. Avec l'échange on apprend tout le temps, aussi bien des jeunes qui ont des choses différentes à transmettre, que des personnes plus âgées,mais ceci n'est possible qu'à condition d'être ouvert aux discussions et initiatives des autres.

- Se débarasser de tout le négatif qui peut vous entourer, famille, amis ou autres. Ceci ne fait que ralentir votre entrain et votre progression. Rester positif dans la vie. Chaque chose qui arrive peut aboutir à une amélioration, il suffit d'y croire. J'ai eu la chance dans mes coups durs d'avoir de vrais amis, une soeur formidable, des enfants très présents et un compagnon compréhensif et attentionné, ça m'a beaucoup aidé à avancer car ils ont, eux aussi, toujours cru en moi."

C'est sur une note familiale que Marie-Claire a conclu notre entretien: "J'ai élevé mes enfants dans cette optique et elle peut s'appliquer à tout le monde si tu veux quelque chose dans ta vie, donne-t-en les possibilités. A toi d'apprendre, te battre et t'accorder les moyens pour faire en sorte d'y arriver. Je peux aider et soutenir moralement mais je ne pourrai pas le faire à ta place."

16.10.07

Portrait 18 Exposition AST 67 "Vivre son travail": Françoise Dapp-Mahieu, décoratrice et costumière
























Cet article fait partie de la série réalisée dans le cadre du projet de l'AST 67 "Vivre son travail".
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Le voyage d'une femme libre



"Je vous sers un petit café ?"

Ca y est, le ton est lancé. La voix est sonore, une cigarette est déjà allumée pour démarrer la conversation, Françoise m'accueille avec le sourire dans le bureau administratif du Théâtre du Marché aux Grains à Bouxwiller et se prêtera de bonne grâce au jeu des questions-réponses.

"En 2007, je fête mes 60 ans comme l'AST" me dit-elle en riant. "Et ça fait 30 ans que je bosse. Un peu plus même si on compte la période où j'animais des colonies de vacances et les quelques années passées à la maison à élever mes enfants."

"J'ai vraiment démarré ma vie d'intermittente du spectacle en 1968. J'habitais Paris, le joli mois de mai ça n'a pas beaucoup plu à mon père qui m'a gentiment priée d'aller voir ailleurs s'il n'y était pas!"

Et c'est l'année d'après, en 1969 donc, que Françoise arrive à Strasbourg. "J'avais fait des études d'art, j'avais donc un petit bagage pour me lancer bien que franchement je n'avais aucune idée de ce que je voulais vraiment faire !"

C'est finalement en Normandie que l'aventure artistique débutera pour Françoise avec la troupe de la Comédie de Caen. Elle se poursuivra ensuite à Strasbourg au TNS de la grande époque.

"Etre employée à temps plein ne me convient pas trop, être intermittente est plus en phase avec moi-même. Bien sûr, ça n'est pas une situation toujours facile, il y a les incertitudes des lendemains, etc..."

Mais, au fur et à mesure de notre conversation, je comprends que ces contraintes ne pèsent pas bien lourd face au grand besoin de liberté qu'éprouve Françoise.

"J'ai travaillé pour presque toutes les structures théâtrales de Strasbourg et pour France 3. On se trouve très vite une famille dans le milieu artistique. Dans un premier temps, je m'occupais surtout des décors et des accessoires. Et puis, j'ai eu envie de voir d'autres choses, de m'intéresser aux costumes. Un costume c'est aussi beaucoup moins lourd qu'un décor, et puis je trouvais que l'univers du décor qui était principalement masculin n'était pas toujours forcément drôle pour une femme !"

Son arrivée au Théâtre du Marché aux Grains date de 1985; elle habite Bouxwiller depuis quelques années.

"Mon activité est large ici. En fait je suis partenaire d'une équipe de création, c'est comme ça que je définis ce que je fais. Avec comme préférences, les décors, les costumes et les accessoires. A vrai dire, il faut un peu tout faire, je ne m'occupe pas que des costumes, c'est l'esprit de troupe ! J'essaie de vendre des spectacles auprès des structures, ce n'est pas ce que je préfère mais ça fait partie des nécessités aussi. Ce n'est pas le plus gratifiant mais quand on arrive à remplir quelques cases du calendrier de tournée, on se dit que cela va permettre de continuer, c’est un travail d'équipe."

Femme passionnée, Françoise l'est c'est certain.

Lorsque je lui demande ce qui la caractérise au quotidien, ce sont des mots comme la curiosité, la découverte et la créativité qui émaillent sa réponse.

"Ce que j'aime dans mon activité, c'est d'être en recherche continuelle. On dit parfois de moi que je suis une emm... ça peut péter ! Ce qui est sûr, si je réfléchis à mon parcours, c'est que je suis finalement d'un naturel adaptable. Je ne sais toujours pas de quoi sera fait le lendemain. J'ai eu des moments où je n'ai pas pu payer mon loyer mais je me suis arrangé ! Je ne m'en suis pas trop mal tiré après tout, le travail est souvent venu au bon moment. J'aurai peut-être une retraite faite d'itinérance, il me faudra m’adapter pour vivre avec environ 600 euros par mois!"

Cette façon de ne pas s'en faire inutilement n'empêche pas Françoise de devoir affronter la difficulté: "même après 30 ans d'activité et d'expérience, je me pose des questions. Est-ce que je vais pouvoir répondre à la demande du metteur en scène ? Je me réveille encore la nuit en me disant que je n’ai pas assez cherché, que je me suis trompée, que je n’ai pas assez d’idées ! Et puis avec certains comédiens, il y a parfois des conflits. Porter un costume ça n'est pas neutre. Il m'est arrivé plus d'une fois de retrouver un costume jeté, abandonné, abîmé, froissé. Le costume est porteur d'une sacrée symbolique. S'il est flatteur, il sera porté évidemment avec plus de plaisir. Certaines matières, certaines couleurs, certaines formes sont plus facilement acceptées, paraissent plus protectrices. Avec les comédiens, il y a donc une relation de confiance à établir. C'est très important. C'est aussi une chance de pouvoir travailler avec des comédiens que l'on connaît, avec lesquels on a déjà travaillé, qui sont fidèles au Théâtre du Marché aux Grains. On se connaît, on sait ce qu'on peut faire. Mais si je parle parfois d'angoisse, il ne faut pas oublier non plus le grand bonheur, qu'est-ce que ça fait du bien. C'est toujours un nouveau projet, une nouvelle aventure."

Ses recommandations pour s'éclater dans son métier:

-"Etre capable de disponibilité, c'est-à-dire de la générosité, ce qui revient aussi à de l'amour.

- Se bluffer. Se fixer et relever des défis. Prendre des risques. S'étonner soi-même, se surprendre, sinon on est dans la routine. C'est important de pouvoir être fier de ce qu'on a fait, d'être content de soi.

- Ne pas perdre son temps avec des casses-pieds. Je choisis mes emm...peut être que je peux me le permettre maintenant, mais ce n’est pas toujours possible.

- Rester indépendant tout en se rendant compte de ce que les autres peuvent vous apporter. On ne se réalise pas seul."

Portrait 17 Exposition AST 67 "Vivre son travail": Luc Pfirsch, adjoint du responsable banc d'essai
























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On apprend tous les jours !


C'est par une pluvieuse journée que Luc m'a accueilli sur le site impressionnant de l'entreprise Flender à Illkirch-Graffenstaden.

Et c'est avec simplicité et précision qu'il m'a fait visiter l'ensemble des ateliers.

C'est avec la même franchise qu'il a répondu à mes questions en me regardant droit dans les yeux.

Luc aime ce qu'il fait, il aime son entreprise dans laquelle travaille également son père. Cela fait 10 ans qu'il est salarié chez ce leader mondial des engrenages turbo.

"L'entreprise Flender-Graff produit des multiplicateurs et des réducteurs de vitesse destinés à l'industrie de production électrique, d'extraction du pétrole ou du gaz, à la propulsion de navires, bref des machines-outils qui peuvent peser jusqu'à 26 tonnes et qui sont toutes des pièces mécaniques fabriquées avec une précision qui doit être de l'ordre du micron."

On comprend facilement que les produits qui sortent des ateliers doivent être particulièrement fiables et donc scrupuleusement vérifiés, minutieusement contrôlés. Le retour en atelier de pièces aussi énormes coûterait bien trop cher au fournisseur comme au client pour se permettre de l'à-peu-près.

Luc est particulièrement clair sur sa vision de son rôle: "Mon métier implique une responsabilité particulière. Il peut y avoir des vies en jeu. Il ne faut pas nier l'importance de cela. Nous ne pouvons pas faire n'importe quoi."

"Il s'agit, en présence du client dans la majorité des cas, d'organiser des essais qui ont pour finalité de vérifier les caractéristiques des appareils produits et de finaliser la mise au point. Environ 450 appareils sont passés en banc d'essai chaque année. 6 essais peuvent être menés par jour au maximum."

Après des études en génie mécanique et productique Luc a rejoint le service méthodes de Flender pour un premier stage.

"Après 4 années au bureau d'études, à la recherche-développement, j'ai eu la possibilité de découvrir le banc d'essai."

"La procédure dont j'ai la charge, sous la supervision de mon responsable, est précise et normée. Il s'agit en fait d'une co-construction avec le client qui nous impose également ses propres critères de contrôle.

Il ne s'agit pas d'une formalité puisque la machine produite et ainsi vérifiée ne lui sera facturée qu'après sortie conforme du banc d'essai."

L'un des aspects qu'apprécie particulièrement Luc, au-delà de la nécessaire précision du processus mis en oeuvre, c'est le contact permanent qu'il est chargé de maintenir avec ses clients.

Parfaitement bilingue, il est amené à travailler pour une grande part avec des clients ne parlant pas le français puisque 80 % des produits fabriqués sont destinés à l'exportation.

"Ce sont également les échanges que j'entretiens avec les collaborateurs du banc d'essai qui me motivent, de même que le fait d'être en relations avec la plupart des autres services de l'entreprise, que ce soit le bureau d'études, le service commercial, la production. Je suis amené à chercher des informations dans tous les secteurs de l'usine. Nous bénéficions également d'une certaine autonomie par rapport aux autres services, c'est nécessaire parce que notre réactivité doit être importante."

"J'aime apprendre, rencontrer les gens, partager l'expérience. J'ai eu la chance que mon responsable soit pour moi comme un mentor. J'ai bénéficié de beaucoup de choses dans mon apprentissage du métier. Je me souviens d'une période à mes débuts où je me suis retrouvé seul pendant 3 semaine, mon responsable était absent, qu'est-ce que ça a été dur mais qu'est-ce que j'ai appris ! C'est la meilleure école même si ça peut paraître effrayant. C'est en se confrontant à la réalité qu'on apprend le mieux à mon avis."

"J'aime aller au bout des choses, m'investir à fond. Si je m'engage, c'est en connaissance de cause, je respecte ma parole, j'y vais à 100%."

Ses recommandations pour s'éclater dans son métier:

- "Apprendre à connaître les gens, ça permet de créer des liens forts. Aller vers les gens, rester très ouvert d'esprit.

- Faire ce qui vous plaît et y aller à fond. C'est très important, ça permet d'arriver le matin dans la bonne humeur puisqu'on sait que ce qu'on va faire nous intéresse, nous plaît.

- S'accrocher, se fixer des objectifs à court terme et à long terme, vouloir les atteindre.

- Vouloir apprendre, continuer à engranger, à découvrir, pouvoir faire des choses, le but étant de pouvoir évoluer.

- Les journées peuvent être longues au travail, autant qu'on ait envie de les faire, qu'il y ait de la joie de vivre au travail."

15.10.07

Portrait 16 Exposition AST 67 "Vivre son travail": Yannick Durringer, manager sécurité
























Cet article fait partie de la série réalisée dans le cadre du projet de l'AST 67 "Vivre son travail".
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Au service de la sécurité des personnes et de l'amélioration continue.


Transgene est une société bio-pharmaceutique qui conçoit et développe des vaccins thérapeutiques et des produits d'immunothérapie pour le traitement des cancers et des maladies infectieuses.

Autant dire que la sécurité doit y être traitée avec sérieux.

Sécurité et protection du site, sécurité des personnes qui y travaillent, sécurité des futurs bénéficiaires des produits qui y sont fabriqués, aujourd'hui ces questions sont importantes et ne peuvent, en effet, être traitées à la légère.

Cela n'empêche pas Yannick, en charge de la sécurité à Transgene depuis 2004, de me recevoir avec un large sourire dans son bureau.

Habilité pour y mener toutes les opérations de supervision et de contrôle, il est un parfait guide pour me conduire dans le labyrinthe des nombreux laboratoires de ce centre à la pointe de la bio-pharmaceutique.

"En ce qui concerne la sécurité, je vois d'abord la personne, technicien, chercheur, futur client. Mon rôle est évidemment de veiller essentiellement à la protection des personnes. Je m'occupe des dossiers liés à la sécurité au regard des différents types de risques potentiels. Par exemple, nous manipulons ici de nombreux produits chimiques, à nous d'être en phase avec les directives, les réglementations qui s'imposent à notre secteur particulier."

"Je suis issu d'une branche technique: j'ai suivi des études en mécanique-automatisme industriel et j'ai intégré Transgene en 1995. Pendant 8 ans, j'ai travaillé au service maintenance. Au bout d'un moment, gare à la routine, je ressentais fortement le besoin de changer de fonction et je n'ai pas hésité lorsque l'opportunité s'est présentée de prendre en charge le secteur de la sécurité."

Yannick n'aime pas la routine, son parcours personnel en est la preuve. Les défis et les nouvelles expériences le tentent et l'enrichissent.

C'est ainsi qu'au lieu de faire une année de service militaire, il opte pour un an de service civil dans un centre socio-culturel. "Une expérience enrichissante au Neuhof qui m'a permis d'aller au-delà des préjugés que beaucoup peuvent avoir sur les cités."

Yannick est un homme modeste et discret puisqu'il faudra attendre presque la fin de notre entretien pour qu'il me révèle ses différents engagements au service de la collectivité.

Pompier volontaire, il intervient à Haguenau et sait ce que porter assistance signifie: "prendre le temps d'écouter les autres, analyser la situation."

"Respecter les choix, les idées des personnes, être au service, aller vers les gens, ce sont des convictions et des axes qui sont importants dans ma vie, tant personnelle que professionnelle."

"Se garder de l'esprit de routine, se remettre en question, ne pas se reposer sur ses lauriers", les expressions de Yannick vont toutes dans le même sens.

"J'ai engagé un processus qualité, à moi de proposer des initiatives de travail qui vont dans le sens de l'amélioration continue. Il s'agit de rester dans la dynamique. Je dois avoir une réflexion globale sur les risques, et donc notre action ne peut être statique au sens où les choses changent, évoluent et nous devons évoluer avec elles."

Ce que Yannick apprécie particulièrement c'est d'aller bien au-delà des règles de procédure.

"Bien sûr, j'ai en charge le respect de régles, mais il y a plus important à mes yeux c'est de tout faire pour sensibiliser le personnel aux risques, de faire justement attention parce que dans notre domaine le risque peut faire partie des meubles. J'ai un gros travail de communication à réaliser, relayer l'information de façon à faire diminuer le risque, que ce soit avant ou après un incident. Mon rôle n'est pas d'être le gendarme de service qui culpabilise ou interdit. Au contraire, la relation doit s'établir dans la confiance, c'est primordial. J'ai affaire à des personnes et je dois faire en sorte qu'elles soient en mesure de pouvoir adhérer aux préconisations de sécurité et non d'être en résistance à des procédures contraignantes."

C'est la raison pour laquelle Yannick est continuellement sur le terrain et non confiné dans son bureau.

"Je passe dans les labos tous les jours, je rencontre les personnes, nous discutons, je dois rester à l'écoute. Je ne suis pas là pour faire de la répression mais pour expliquer, il faut du temps et de la patience."

Yannick utilisera le terme de partenariat également.

"Je travaille avec les personnes, pour ces personnes. Il s'agit de les accompagner pour leur permettre de travailler dans les meilleures conditions pour protéger leur intégrité physique."


Yannick aime son métier, il m'en parle avec les accents de la passion et ses mains soutiennent fortement son discours.

"Mon métier est diversifié, il y a un panel d'activités, de dossiers, de situations. on n'a jamais fini !"

"J'apprécie de pouvoir être en contact avec tout le monde."

"En même temps, le cadre réglementaire me plaît, le faire évoluer qualitativement me convient bien. Je suis sûrement un peu perfectionniste ! L'idée de devoir rester en veille, à l'affût parce que tout va toujours évoluer, me plaît beaucoup. De même qu'être une force de propositions, d'initiatives. Ne pas attendre pour agir, prévenir, j'aime ça !"

"Ma mission est de faire progresser l'ensemble du personnel sur la notion de sécurité, je peux donc mesurer aussi l'impact de mes actions, c'est important. Si quelqu'un me pose une question, il doit pouvoir obtenir une réponse. Ma porte est toujours ouverte, je pense que ma disponibilité est une des clés de la qualité dans le domaine."

Ses recommandations pour s'éclater dans son métier:

- "Ne pas avoir peur de l'inconnu. Oser. Avoir soif de découverte, de connaissance.

- Décloisonner.

- Etre au service, aller vers les gens.

- Travailler dans la transparence, dans la clarté. Déléguer en toute confiance dès que c'est possible.

- S'accrocher, faire preuve d'optimisme. Ne pas avoir peur de s'engager, parce qu'il y aura toujours un retour. Evidemment, il faut avoir de l'énergie sinon on s'épuise !"

Portrait 15 Exposition AST 67 "Vivre son travail": Frédéric Tarte, maçon-coffreur
























Cet article fait partie de la série réalisée dans le cadre du projet de l'AST 67 "Vivre son travail".
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Le coeur à l'ouvrage

"Je ne supporte pas d'être enfermé. Je préfère être dehors."

L'homme qui prononce ces paroles s'appelle Frédéric, il est maçon-coffreur.

Et de fait, ma rencontre avec lui aura lieu sur un chantier, en extérieur donc, forcément.
Sous un soleil de plomb.

Frédéric y participe à la réalisation d'un ouvrage d'art, un futur pont à destination du tramway.

Large sourire et bonne poignée de main pour m'accueillir et me présenter à ses collègues et responsables.
Frédéric aime mettre les gens à l'aise, ça se sent.

"J'ai commencé à travailler en usine après un apprentissage en mécanique. Mais ça ne pouvait pas coller. Mon père travaillait dans une entreprise de travaux publics, j'y ai été embauché comme manoeuvre. En 2 ans, je suis devenu maçon-coffreur. Si on s'intéresse au métier, ça va vite. Les anciens m'ont montré comment faire et surtout ils m'ont laissé faire. De toute façon, faut y aller, comme on dit. Ne pas attendre que ça se fasse tout seul."

Frédéric est un volontaire, quelqu'un qui se prend en main et recherche l'action.

La preuve ? Il a connu un grave accident du travail, son pied a été ecrasé et il a dû arrêter toute activité professionnelle durant plus d'un an.

"Le médecin du travail ne voulait pas que je reprenne le travail sur un chantier. J'ai fini par être licencié ! J'ai alors déniché un emploi de magasinier."

A son ton, j'ai vite compris que cela ne pouvait pas lui convenir.
Et, en effet: "Je n'en pouvais plus, assis derrière un bureau, à voir toujours les mêmes personnes faire les mêmes choses, c'était impossible !"
Frédéric a alors décidé de reprendre son travail de maçon, malgré les contraintes subies.

"Sur un chantier, c'est quelque chose de nouveau à chaque fois. On commence toujours un nouvel ouvrage. C'est plus enrichissant, plus stimulant. Ca n'est pas de la routine. Ca change, c'est varié. On travaille avec des personnes différentes, on fait des choses différentes."

"Les douleurs, j'en ai toujours mais je les oublie quand je travaille ! Parce que j'aime ça. C'st moi qui ai voulu reprendre le travail sinon c'était la dépression. Tant que je peux me lever pour aller travailler, c'est ok ! Si tu ne peux pas travailler, c'est le gouffre !"

Avec son ancien chef de chantier et son chef d'équipe, il est allé proposer ses services dans l'entreprise Demathieu et Bard pour laquelle il travaille toujours.

Pas le genre à se laisser aller.

"Depuis, je suis de nouveau heureux !"

"Mon travail de maçon-coffreur, je le réalise exclusivement sur des ouvrages d'art, par exemple la réalisation de piles de pont. Nous réalisons aussi le tablier et pour cela nous recourons à des techniques traditionnelles, j'en ai une certaine fierté. Ca nécessite plus de compétences et plus de technique."

Frédéric est un ouvrier conscient de ses responsabilités individuelles et un fort sentiment d'appartenance le lie à l'entreprise pour laquelle il travaille. "Ma camionnette est entretenue. Je fais attention à mes outils de travail, c'est une forme de respect. C'est à chacun d'entre nous de faire ce qu'il faut pour que l'entreprise tourne. Notre salaire en dépend. A nous de faire durer le matériel, de faire attention."

Frédéric est aussi un membre actif du CHSCT, il a souhaité y prendre des responsabilités.

"La sécurité c'est important, le respect de son intégrité physique, je sais ce que c'est."


"J'ai tous les certificats d'aptitude à la conduite d'engins de chantiers, un brevet de secourisme, je suis polyvalent. Je sais que mon patron peut me faire confiance. En plus je travaille dans une entreprise qui le permet, nous sommes compétents et formés, c'est ok."

"Ce que j'aime, c'est entretenir des relations avec les personnes on apprend des choses. Il y a de l'échange, donc du partage. On reste en contact d'un chantier à l'autre.J'ai des relations fortes avec les personnes avec lesquelles je travaille. J'ai un boulot à faire mais pas de manière isolée, c'est en compagnie d'autres personnes. La relation c'est important, il faut discuter pour bien travailler."

J'aurai l'occasion de m'en apercevoir Frédéric explique, discute, demande, entraîne sur le chantier. A droite, à gauche, il est de toutes les opérations ou presque. Un homme sur lequel on peut compter, c'est évident.

"Je travaille depuis l'âge de 16 ans, j'en ai aujourd'hui 40 et je sais qu'à 60 ans j'apprendrai encore. les nouveaux peuvent avoir de meilleures idées, il faut savoir les entendre, discuter avec eux."


"J'aime bien apprendre. J'aime bien montrer aussi, échanger. Je laisse faire aux jeunes, essayer, tenter puis je montre comment faire."

"Les relations, c'est vraiment important. On peut s'engueuler. Mais pas de susceptibilité. Ne pas garder de rancoeurs. Il faut savoir passer l'éponge, remettre les compteurs à zéro, comme on dit."

"Ce que j'aime également en travaillant sur les chantiers, c'est qu'on respire. On est dehors. On est un peu à part, à l'écart des routes, des rues. Nous avons de l'autonomie, de l'indépendance. On ne dérange personne."

Frédéric voit les choses du bon côté: "Je ne me plains pas. Le mental est important. Il faut se battre, ne pas se laisser aller, être positif, savoir reprendre du poil de la bête. Moi, quand je me lève, j'ai envie d'aller travailler. Autant prendre les choses du bon côté."

Ses recommandations pour s'éclater dans son métier:

- "Plus vite on démarre, plus vite on a fini ! Il faut se lancer, il faut foncer. Si on démarre bien le matin, ça ira plus vite !

- A toi de montrer ce que tu sais. Si tu veux obtenir quelque chose, montre ce que tu sais faire d'abord.

- Eviter d'être borné. Il y a toujours des solutions à trouver. Il suffit souvent de rester calme, posé. Mieux vaut réfléchir avant que d'agir n'importe comment, surtout dans notre métier qui est dangereux.

- La notion d'équipe est importante, il faut montrer l'exemple aussi, partager ses compétences.

- Je crois que la confiance est essentielle. Faire confiance, donenr confiance, mériter la confiance, tout ça c'est important. La sincérité, la loyauté, l'entraide."

11.10.07

Portrait 14 Exposition AST 67 "Vivre son travail": Mariano Martin, musicien
























Cet article fait partie de la série réalisée dans le cadre du projet de l'AST 67 "Vivre son travail".
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Va, vis et deviens


- Des origines espagnoles,
- un père guitariste amateur qui avait créé un trio de musique populaire et festive,
- une arrivée en France à l'âge de 2 ans,
- l'entrée au conservatoire à 9 ans pour en sortir 10 ans plus tard muni de 2 premiers prix en instrumental et musique de chambre,
- l'enseignement dans des écoles de musique dès l'âge de 17 ans qu'il assure toujours et avec passion,
- des concours pour parfaire sa virtuosité dans le jeu de la guitare,
- de nombreuses prestations sur scène en tant qu'interprète,
- des compositions appréciées,
- des enregistrements de disques...

Le parcours de Mariano est déjà riche et varié. L'homme que j'ai en face de moi est quelqu'un de modeste, d'apparence douce et calme, qui donne une définition simple de son activité:

"Je suis musicien, je me produis sur scène, j'enseigne et je compose; les trois activités se répondent."


Guitariste flamenco, pédagogue passionné, il met fin à sa scolarité en seconde :"J'avais envie de faire de la musique, tout simplement. Je baignais dedans. Le plaisir musical était quelque chose de naturel, la musique faisait partie de moi. Je ne me posais même pas la question de faire autre chose."

"Je me souviens que mes parents ont imaginé - pas longtemps ! - que je pourrais être prothésiste dentaire. Ils m'ont emmené voir comment cela se passait. Quelle chance ! En voyant cette manière de travailler, j'ai eu une impression terrifiante de l'atelier visité. Ca m'a vacciné, pour ainsi dire. Ca sentait le rance, il y avait une ambiance morbide. C'était évident pour moi que je ne pourrai jamais vivre comme ça."

Mariano a eu la chance que ses parents comprennent sa passion et ne l'aient pas forcé à opter pour une voie qui n'était pas la sienne.

"On m'a proposé très vite d'enseigner la musique, pour moi c'était parfait, j'ai accepté évidemment, je ne savais faire que cela, c'était normal. J'ai passé ensuite mon diplôme d'état d'enseignement artistique."

La formation musicale de Mariano est classique même si par ses origines il a été initié tôt à la musique populaire, au flamenco.

Son dernier concert classique date de 1995. Aujourd'hui, il se consacre exclusivement au flamenco. "Les vibrations..."

En 1992, Mariano participe à l'un des plus grands concours de flamenco, celui de La Union, à Murcia. Face à un public espagnol très difficile, ultra-connaisseur du flamenco, Mariano est présenté comme Strasbourgeois. On imagine le défi. Qu'il relèvera puisqu'il remportera le prix Bordon Minero, un peu comme le Nobel de la guitare flamenca !

"Ce fut une véritable épreuve, mais au fur et à mesure, je sentais le respect s'installer dans la salle, j'étais dans le bon feeling, je sentais que j'avais le tarab comme disent les orientaux !"

Longtemps interprète, Mariano est également un compositeur apprécié et demandé depuis 1990. il apprécie de créer pour une troupe, pour un spectacle, dans la lignée de ce que créait Antonio Gadès. Son inspiration, il la puise dans l'univers du flamenco.

"Tu n'existes dans le flamenco que si tu composes. Etre seulement interprète n'est pas suffisant. Le style personnel est important. Jouer bien n'est pas suffisant pour exister, il faut une patte, un style bien à soi."

Et puis, la maturité venant, "la richesse intérieure aussi est venue. J'ai senti une plus grande sensibilité pour la composition."

Mariano me parle de jubilation lorsqu'il est sur scène.

"J'aime la scène, c'est jouissif. C'est un moment magique. Je vis ça avec intensité, comme quelque chose d'exceptionnel. Il faut que ça pulse. C'est la vie, l'adrénaline, aller au-delà. Ce sont ces moments d'émotion que je recherche. Arriver à ressentir mais aussi à transmettre, à projeter cela au public."

Optimiste par nature, c'est dans le flamenco que Mariano puise sa force particulière. "J'aime la vie, le flamenco est un moteur, c'est l'extase."

"Avec mes étudiants, le rapport est riche également. Nous échangeons des émotions."

Receveur et transmetteur d'énergie, la notion d'échange est importante pour Mariano.

"J'aime travailler avec des personnes exigeantes. Je déteste la mièvrerie et la fadeur, les gens qui n'ont rien à dire du point de vue artistique."

"J'aime composer même si c'est loin d'être facile. Je ressens des doutes, des interrogations, j'ai de l'anxiété. Quand je compose, je rame, je rame ! Ca peut tourner dans tous les sens, mais quand ça arrive, quand c'est ok, tout paraît normal, évident."

"J'aime aussi le regard des autres sur ce que je fais. Echanger, parler de musique ou d'une émotion avec un inconnu, c'est gratifiant, recevoir un message, un signe de quelqu'un qui me dit merci pour un spectacle, une composition, ça va au-delà de la satisfaction. La musique c'est un peu comme des petits cailloux blancs que je sème, quand quelqu'un en ramasse un, c'est magnifique ! C'est un bien-être, un accomplissement."

Lors du repas que nous partageons et auquel il m'a invité, Mariano me dit "aimer les belles et bonnes choses. Je suis un bon vivant, un épicurien. Je gère ma vie personnelle et professionnelle sans compromission."

Homme du grand large, la liberté n'est pas un vain mot pour ce musicien dont les yeux sont rivés sur l'horizon, le toujours plus loin. Cela ne l'empêche pas de me parler longuement de sa femme, de ses enfants, de sa maison. Recherche de l'harmonie, de l'équilibre.

Ce passionné qui aime profondément la vie m'offre ses recommandations pour s'éclater dans son métier :

- "Sentir ce qu'on a dans ses tripes, savoir ce qu'on veut, se connaître.

- Laisser agir ses envies. Se laisser aller. Attention au balisage, au conditionnement. Se lâcher contre vents et marées. Ne pas contourner, ne pas se laisser faire."

Portrait 13 Exposition AST 67 "Vivre le travail": Christiane Decker, cariste
























Cet article fait partie de la série réalisée dans le cadre du projet de l'AST 67 "Vivre son travail".
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En mouvement !

Christiane m'attend sur le parking de l'entreprise, juste devant l'entrepôt dans lequel elle officie comme cariste, organisant les expéditions.

Ce jour-là, il pleut et elle m'attend stoïquement, avec le sourire et un grand signe de la main pour m'indiquer où me stationner.

Le contact est immédiat, franc et amical. "Voilà quelqu'un de disponible et enthousiaste", ce sont les premiers mots qui me viennent à l'esprit en lui serrant la main. Je ne serai pas déçu.

Christiane sera une parfaite hôtesse des lieux, me faisant visiter son royaume qui s'étend sur des milliers de mètres carrés.

"Ca fait 32 ans que je travaille chez Baumalu, depuis 1975, j'avais 16 ans" me dit-elle en guise d'introduction, sitôt m'avoir proposé une tasse de café.

"J'ai commencé ici par des stages et puis j'ai poursuivi ! J'ai d'abord travaillé à l'expédition puis j'ai tout découvert, les machines, la presse, le polissage, j'ai aussi vu comme tout a évolué depuis."

"Aujourd'hui, je travaille avec beaucoup d'autonomie. Depuis la préparation des commandes jusqu'à l'enlèvement par les camions."

Trop modeste pour le dire sans que je le lui demande, Christiane sourit doucement lorsqu'après un petit calcul elle me dit transporter entre 2 et 3 tonnes de marchandises par jour. Environ 15 palettes dont il faut s'occuper, pas mal pour un petit bout de femme !

Des mots pour caractériser cette nature énergique ? Le cheveu court, les yeux clairs, une attitude résolue, de la vivacité, une voix forte et enjouée. Dynamique résumerait bien l'ensemble.

Christiane me pilote dans les enfilades de cartons, à travers des étalages d'une quinzaine de mètres. Elle me fait revivre l'histoire de la société, la construction des bâtiments, me montre les produits, de la casserole à la théière en fonte. Pour moi qui aime les installations industrielles et les empilements, me voilà comblé.
Elle apprécie cette ancienneté, le fait de se sentir dans cet environnement un peu comme chez elle.

Le respect de soi est important pour Christiane. "Je n'aime pas le laisser-aller. Je suis soucieuse de la propreté là où je travaille. Je n'aime pas voir des cartons traîner n'importe comment, ce n'est pas de la qualité et puis ce n'est pas bon pour l'image. Ce dépôt, c'est mon lieu de travail, autant que ce soit agréable pour soi et pour les personnes extérieures. Je pense que la propreté est le reflet de la qualité générale de l'entreprise."

Femme de parole et d'engagement, Christiane est à cheval sur certains principes : "en 32 ans, je n'ai pas eu une minute de retard."

Le respect de soi-même et des autres compte pour elle : "Faire confiance, être serviable, disponible, c'est important."

Mais ce serait réduire Christiane de ne voir en elle qu'une boule d'énergie et de volonté. La sensibilité est à fleur de peau, j'ai pu m'en apercevoir. La famille, les proches, c'est quelque chose qui compte vraiment. L'amour et l'amitié, ce ne sont sûrement pas de vains mots pour elle.

Un peu comme pour se protéger, elle en vient à ce qui a le don de l'énerver : "le travail fait n'importe comment. Bâcler le travail, je ne comprends pas ! Je ne comprends pas bien les gens qui ont les yeux rivés sur la montre. Si on est là, autant se donner à fond."

"Il faut dire qu'il m'arrive de rêver de mon travail la nuit. Je prépare les commandes, et puis le réveil sonne !" me dit Christiane presque en s'excusant d'aimer autant son travail. Elle m'avoue même que parfois, en vacances, le temps lui semble long et qu'il lui tarde de revenir ! "Mais il ne faudrait pas dire ça à tout le monde..."

Ses recommandations pour s'éclater dans son métier :

- "Savoir reconnaître ses erreurs, c'est important. On en fait tous, ça permet de progresser.

- Lutter contre le j'm'en foutisme.Bien faire son travail.

- Développer le sentiment d'appartenance à l'entreprise."

10.10.07

Portrait 12 Exposition AST 67 "Vivre son travail": André Kubiszyn, chef d'atelier, Meubles Taglan
























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Le sens de ma vie


"Ma vie professionnelle a commencé à 14 ans, avec mon apprentissage en menuiserie-ébenisterie. C'était en 1967, dans le Haut-Rhin. Dès que j'avais du temps libre, je le passais chez ce petit patron auprès duquel j'ai appris le geste professionnel. A l'école, la formation m'offrait une connaissance incroyable, c'était comme un monde nouveau qui s'ouvrait, je devais m'adapter. Et chez le patron, c'était le contact direct avec la matière."

Vous l'aurez compris, André est un menuisier-ébeniste, un artisan qui vous regarde droit dans les yeux, un homme qui ne parle pas pour ne rien dire, presque fait du même bois que celui dont sont faits ses meubles.

"Ma première expérience, c'est celle d'un jeune ouvrier qui ne compte pas ses heures. Un jeune ouvrier qui a connu un vrai patron d'apprentissage qui ne s'est pas contenté de m'apprendre le métier mais qui m'a aussi trouvé ma première place. Je sais ce que ça veut dire la transmission, j'en ai bénéficié."

La vie d'André est une vie de découvertes, de curiosité, de sommets dégagés, de vallées encaissées, de remises en cause et d'une grande envie de vivre.

Après 6 ans dans la même entreprise, l'envie l'a démangé d'en apprendre plus. Lors d'un stage de formation axé autour des relations humaines, il rencontre un fabricant de meubles originaire du Doubs avec lequel il sympathise et qui lui propose un stage de 3 mois dans son entreprise.

Le tryptique "initiative-curiosité-découverte" est en place !

"En revenant de ce stage, mon monde intérieur avait changé. Je n'avais plus envie des mêmes choses. Je voulais évoluer. C'était le moment aussi où l'environnement dans le meuble se transformait."

André va donc changer, intégrer une nouvelle entreprise, dans un autre département - le Bas-Rhin - et gravir rapidement les échelons dans le mobilier pour devenir responsable d'atelier.

Et à l'aube de la quarantaine, une forte envie de s'installer à son compte le tenaille. Pour s'y préparer, il travaille un temps avec un ami qui vient de créer alors son entreprise et lui propose de le rejoindre.
C'est alors qu'un drame familial le frappe et l'amène à reconsidérer ses objectifs et ses projets. S'ensuit une période de forte remise en cause.

"La vie, c'est d'être en équilibre, donner du sens, ça n'est pas seulement travailler pour gagner de l'argent, toujours plus...Je me suis rendu compte que je ne voulais plus faire d'arrangement avec la vie. Je voulais restaurer une certaine harmonie."

André met donc son projet de création d'entreprise de côté, reste dans l'entreprise de son ami et participe à son développement. Aujourd'hui, elle a atteint son rythme de croisière et il est fier d'y être un peu pour quelque chose.

Un mot-clé pour André : "s'adapter."

"C'est nécessaire, c'est vital. Il faut savoir éviter de rester figé et s'inscrire dans la dynamique. Lutter contre le fait d'être figé. C'est aussi se donenr les moyens d'y arriver. Il faut arrêter de se plaindre sans arrêt."

"Pour moi, vivre, c'est rester dans la vie, dans le flux de la vie, être capable de fluidité, c'est-à-dire de réagir. Par exemple, si je vois un collaborateur qui tire la tronche - comme on dit trivialement - , je ne peux pas ne pas agir. Je vais aller à sa rencontre, dialoguer, écouter, même si ce ne sont que quelques mots qui seront échangés."

"Mon rôle est d'être un facteur, un agent de liaison, de faire le joint entre différents secteurs de l'entreprise, entre l'atelier de fabrication et l'atelier de finition. Je crois que ma fonction est essentielle car elle est porteuse de sens. Celui qui travaille doit savoir pourquoi. En tant que chef d'atelier, j'ai une fonction lubrificatrice ! Il entre là-dedans une grande part de dialogue."

Pour André, il y a bien 2 dimensions qui doivent coexister en permanence dans le domaine professionnel : celle des valeurs de production et celle des valeurs humaines. "L'une ne va pas sans l'autre".

"Ce que j'apprécie le plus, c'est le contact humain. C'est mon premier patron qui m'a offert cela. Bien sûr, il faut connaître la technique, la maîtriser et parfois avec fermeté, mais il faut maintenir le dialogue avec les membres de l'équipe. Arriver à faire que tout le monde s'écoute, se respecte. Je ne pourrais pas travailler dans une entreprise qui n'a pas le respect des personnes qui y travaillent. Car la qualité du travail dépend aussi de cela."

"Je fonctionne un peu comme le joker du moment. Donner de sa personne, plonger pour y arriver. J'aime être celui qui amène la compréhension, être le médiateur."

Ses recommandations pour s'éclater dans son métier :

- "Se sentir responsable. Prendre des initiatives. Ne pas attendre que ce soient les autres qui fassent.

- Partager. Travailler en équipe. Donner quelque chose dont les autres puissent profiter.

- Parler, exprimer, dialoguer."

7.10.07

Portrait 11 Exposition AST 67 "Vivre son travail": Odile Petit, éthologiste, CNRS, département Ecologie/Physiologie/Ethologie
























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Vivre avec passion contre vents et marées

Odile, c'est un sourire, une énergie, un courant d'air chaud ! C'est surtout une éminente éthologiste, chercheuse au CNRS, spécialiste du comportement animal donc.

Méditerranéenne d'origine, strasbourgeoise d'adoption, elle m'ouvre avec gentillesse les portes du Centre de primatologie dans lequel elle mène ses observations auprès des primates.

"Je suis un pur produit universitaire ! Quand j'étais petite, je voulais être vétérinaire, mon truc c'était les animaux, pas forcément les soigner mais être avec eux."

"Après un double baccalauréat, j'ai démarré un cursus de Biologie générale à Nice, étant originaire de Toulon. Je me souviens d'un cours sur l'évolution de l'anatomie du cerveau qui m'a passionné. J'ai alors commencé à m'intéresser sérieusement aux neurosciences. A Marseille, en Neurosciences du Comportement, au lieu de 200 étudiants, il n'y en avait que 20, c'est-à-dire qu'il y avait plus d'enseignants que d'étudiants, c'était génial ! J'ai tout de suite été dans le bain de la recherche. Tout était intéressant : la matière, les enseignants, la ville de Marseille."

C'est là qu'Odile découvre l'éthologie, prépare un exposé sur l'organisation sociale des primates, pour lequel elle lit tout ce qui existe ou presque.

Ayant définitivement trouvé sa voie, elle sort major de sa promotion.
"Il suffisait que je fasse quelque chose qui m'intéresse", me déclare-t-elle simplement.

"Tous mes thèmes postérieurs de recherche étaient contenus dans ce premier travail ! J'ai eu la chance de tomber sur les bons ouvrages."

Face à la passion, tout paraît si simple !

A l'issue de sa formation initiale, les portes du laboratoire d’Ethologie et Neurobiologie à Strasbourg lui sont ouvertes. Elle y préparera son troisième cycle puis une thèse qu'elle finalisera à Paris et Jersey où elle travaillera au Jersey Wildlife Preservation Trust créé par Gerald Durrell.

"Ce qui m'anime, c'est la vision intégrative, holistique de la recherche, la dimension comparative aussi. J'ai très vite étudié plusieurs espèces de macaques, de babouins, de capucins. J'ai élargi mon champ d'étude en n’étudiant pas seulement les organisations sociales mais aussi la cognition. Et je me sens plus éthologiste que primatologue car j'ai aussi mené des études sur les canards, les oies, les chevaux, par exemple."

Odile travaille aujourd'hui au CNRS, structure qu'elle a intégré très rapidement après son doctorat.

"Mon travail, c'est l'observation, la mise au point de protocoles, la publication, l'analyse de données, les statistiques. C'est aussi la vulgarisation au travers de conférences, animer la fête de la Science,... La participation à des colloques et des conférences internationales. J'anime aussi un site web d'initiation à l'éthologie et j'ai participé à la réalisation d'un film sur le métier d'éthologiste."

Mais l'activité d'Odile ne se limite pas à ce champ d'activités. En bonne scientifique, elle appartient bien sûr à plusieurs sociétés scientifiques et elle est secrétaire de la Société Française pour l’Etude du Comportement Animal qui promeut les actions de recherche en comportement animal pour l'ensemble de la France et des territoires francophones.

"Je réalise également des actions de formation continue en proposant des cours d'éthologie et de primatologie. Et je prends beaucoup de temps pour l'enseignement universitaire. J'encadre les travaux de recherches de plusieurs étudiants et j'aime ça. Une journée-type alterne plusieurs activités : observation, accueil d'un stagiaire, validation d'une analyse, un article à corriger, entraîner un étudiant avant un oral, sans compter les réponses à des questions qui sont toujours urgentes !"

En gros, une journée n'est jamais suffisante pour tout faire. Odile fonctionne comme un post-it géant avec des listes de choses à faire, à ne pas oublier,...

"On ne peut pas dire que je sois mono-tâche. Il y a des fois où je me sens submergée. Dans ce cas-là, je dois faire le sous-marin, disparaître un peu sinon plus rien n'avance, je ne suis plus là pour personne !"

Odile est aussi une chercheuse proche de ses étudiants, "ce sont mes petits", me dit-elle.

"Je n'établis pas de frontière étanche avec eux et même entre vie personnelle et vie professionnelle. C'est un tout. Ca me paraît plus sympathique de vivre comme ça. Je crois que c'est nécessaire d'être disponible et en proximité avec eux. Ils viennent souvent de loin, sont parfois un peu perdus en arrivant ici. J'ai une relation particulière avec eux, sans doute non conventionnelle. Je les porte. J'aime quand ils sont pugnaces, je ne veux pas qu'ils soient fades ou neutres. La dimension humaine est essentielle. Je ne souhaite pas établir de distance, je préfère le participatif."

Odile ne recherche pas des béni-oui-oui : "Je ne veux pas les formater. Je dois tout faire pour qu'ils ne soient pas conformistes. Je m'en voudrai de les passer à la moulinette ! Ce ne sont pas des clones."

Pour cette scientifique souriante et passionnée, on peut travailler sérieusement sans pour autant vivre dans la grisaille ou la routine.

"On se marre en travaillant, il y a des discussions, ça crée de la confiance. Il y a un vrai travail d'équipe avec des étudiants que je souhaite autonome le plus vite possible, il n'y a pas de hiérarchisation."

Pour elle, à l'évidence, les relations humaines tiennent une place essentielle, centrale.

"Il y a un vrai retour aussi. Je donne autant que je reçois. J'obtiens de vrais remerciements, c'est très valorisant et gratifiant pour tout le monde quand un vrai contact est établi."

"Ce qui me motive, c'est l'indépendance. Progresser m'intéresse, non pour le statut, mais pour être toujours un peu plus mon propre maître ! Je suis rebelle à l'autoritarisme. L'ordre et l'autorité injustes m'irritent."

Ce qu'elle apprécie le plus ?

"Travailler en collaboration, discuter, partager les données. On ne peut pas être compétent dans tous les domaines, il y a une synergie à rechercher et puis ça m'ennuierait d'être seule dans mon coin. C'est plus stimulant, plus vif pour moi s'il y a des échanges."

"La stimulation intellectuelle, quand l'idée jaillit, j'adore ça. Quand ça part en vrille, parfois même dans le délire, c'est l'impression que c'est comme si c'était normal, presque évident, que tout s'emboîte. Quand les pièces du puzzle se rassemblent, c'est fabuleux."

La mise en place d'un protocole est très importante aussi pour Odile, de même que l'observation sur le terrain.

"Je ne pars pas d'une hypothèse théorique, d'une idée préconçue mais toujours d'une observation ou au moins d'un contexte concret. Il faut être capable de remettre en cause un modèle établi. Mon but est de partir du terrain, amener des faits et non pas énoncer une théorie sans la tester. L'intérêt, c'est de valider, pour cela il faut de la matière."

Ses recommandations pour s'éclater dans son métier :

- "Avoir une idée,une conviction, y croire, se la démontrer à soi-même, avoir le courage de la démontrer aux autres contre vents et marées, savoir garder le cap, savoir dire non !

- Accepter que ça ne soit pas facile. Faire sans passion, non, c'est impossible !

- Décloisonner".






2.10.07

Portrait 10 Exposition AST 67 "Vivre son travail": Aldo Shwoob, Responsable service après-vente, SCIL
























Cet article fait partie de la série réalisée dans le cadre du projet de l'AST 67 "Vivre son travail".
Pour en savoir plus, rendez-vous ici.


"Celui qui se perd dans sa passion perd moins que celui qui perd sa passion"
(A.Schwoob)


Ma rencontre avec Aldo fut un moment de plaisir, une vraie découverte.

L'accueil fut chaleureux, simple et immédiat.

Responsable du service après-vente de son entreprise, Aldo sait ce que veut dire établir une relation et favoriser une bonne communication. Et pas seulement avec ses clients mais avec l'ensemble de ses interlocuteurs.

Après des études en électronique et quelques premières expériences professionnelles, il comprend vite que pour s'épanouir vraiment il lui faudra tracer son propre chemin, inventer son parcours de vie.

L'entreprise SCIL qu'il rejoint en 2001 lui offre de réelles possibilités d'évolution qu'il saura saisir.

Entré comme technicien, il s'occupera très rapidement de la facturation et de la gestion des stocks, de l'informatique, bref, il fera la preuve de sa polyvalence.

Il apprécie qu'on ait su lui faire confiance en lui permettant de relever différents défis.

"J'ai pu montrer ce dont je suis capable. C'est important pour moi."

Aujourd'hui responsable du service après-vente, ce qui compte pour lui c'est bien le service qu'il rend au client. Les objectifs qualitatifs qui visent à mesurer la satisfaction client, il connaît et il apprécie.

"Je suis résolument orienté solutions. On trouve toujours une solution, quel que soit le problème. J'ai appris à être beaucoup plus apaisé qu'au début de ma carrière sur ce point. J'ai appris à relativiser.
Quand un client m'appelle, c'est qu'en principe ça ne va pas. Arriver à satisfaire la personne en moins de 5 minutes alors qu'elle était prête à m'insulter, c'est ce que je préfère !"

Pour connaître Aldo, la fonction qu'il occupe, aussi importante soit-elle, ne suffit pas. Car la fonction seule ne fait pas l'homme.
Pour comprendre Aldo, c'est l'ensemble de ses activités qu'il faut connaître. Et elles sont nombreuses.
Pour autant, elles répondent toutes, me semble-t-il, à une même recherche, à savoir l'équilibre.

Equilibre entre vie personnelle et vie professionnelle, une certaine idée de l'harmonie, pourrait-on dire.

Aldo se méfie un peu des mots, la crainte peut-être des mauvaises interprétations.

Car la modestie se mêle à l'énergie chez cet homme de 30 ans.

C'est peut-être le fait de pratiquer durant ses temps de loisirs les arts martiaux, la capoeira et le fameux art du déplacement appelé "parkour" - popularisé par le film Yamakasi - qui lui permettent de vivre au mieux ses expériences professionnelles.

On dit parfois qu'une passion peut être dévorante. En discutant avec Aldo, j'ai l'impression au contraire, que ses passions le nourrissent, l'enrichissent considérablement.

Cet art du déplacement qui le fait sauter de murs en murs, de toits en toits, c'est au cours de véritables "sessions-explorations" avec ses amis, tout aussi bondissants que lui, qu'il le pratique.

Il s'agit d'un art de l'inaccessibilité, de la liberté, l'idée d'aller quelque part où d'autres ne sont jamais allés. La voie étroite, comme une quête.

Les mots ne sont jamais choisis au hasard, la sémantique est toujours révélatrice et parfois symbolique. L'art du déplacement auquel Aldo consacre une bonne partie de ses loisirs est un art du parcours, fait de hauts et de bas, comme dans la vie, et celui qui l'emprunte s’appelle un traceur.

Dans ses loisirs, comme dans sa vie professionnelle, Aldo est ainsi un découvreur, un créateur de nouveaux chemins, de nouvelles solutions.

"Il existe plusieurs dimensions dans cette discipline: il faut savoir maîtriser son corps, il y a donc un aspect purement sportif mais ce n'est pas tout. Ce qui est intéressant aussi - et surtout - c'est le dépassement de soi. Il s'agit d'un véritable défi, c'est une victoire sur soi, c'est une grande joie quand on y arrive ! Et puis, il y a de l'émulation. Nous pratiquons en groupe. Faire du parkour seul, ça n'est pas possible, j'abandonnerais. On s'encourage. Et petit à petit, on gagne en connaissance de soi."

Les caractéristiques principales d'Aldo sont faciles à discerner : c'est un passionné, un hyper-actif qui veut tout explorer et pas de manière superficielle. Il est persévérant, accrocheur.
"Contourner la difficulté, ça n'est pas mon truc.

Ce que j'aime, c'est l'idée du challenge, être au four et au moulin, relever des défis."

L'un des slogans d'Aldo, ce pourrait être: l'ennui, connais pas!

"Dans mon milieu professionnel, il me reste beaucoup à apprendre, j'interviens dans le secteur médical, je dois rester en veille, apprendre continuellement. Je veux que chaque minute soit exploitée. Je ne veux pas avoir l'impression de gâcher ma vie. L'utiliser au mieux, c'est une manière pour moi d'être respectueux de la vie. La vie m'a donné la forme, la santé, c'est une grande chance. Je veux la célébrer, j'ai une gratitude envers la vie. Je suis contre le gâchis. L'idée, c'est de ne pas avoir de regrets, je suis déjà très content de tout ce que j'ai vécu."

Sportif et poète, énergique et réfléchi, Aldo aime la variété, la diversité qu'offre la vie.

"Chaque journée est autre. Je sais qu'elle sera faite de nouveautés, de découvertes. C'est l'aventure à chaque fois."

Pour Aldo, "ce qu'on apprend au travail, c'est aussi ce qui peut servir dans sa vie personnelle. Cela fait 2 ans que je participe à l'intégration des apprentis dans l'entreprise. Je ne transmets pas que des connaissances techniques. Il y a un échange, ce sont de vraies leçons de vie que j'offre et que je reçois en retour."

"Tout dépend de l'angle de vue que l'on a : par exemple, les clients qui nous apprécient le plus sont ceux qui ont eu les plus gros problèmes. A condition bien sûr d'avoir tout fait pour trouver la bonne solution."

Ce qu'Aldo recommande pour s'éclater dans son métier:

- "L'implication. Le travail est une grande partie de soi-même. On passe énormément de temps avec ses collègues, une énorme partie de sa vie. Il est donc essentiel d'y prendre du plaisir. Si on y arrive, c'est déjà un gros pourcentage de plaisir dans sa vie. Ne pas vivre le travail comme quelque chose d'imposé, de négatif. Il faut vivre tout de suite !

- Accepter les contraintes. Moi-même, j'ai eu des périodes très difficiles, l'impression de ne pas être à la hauteur.
C’est dans l’adversité qu’un homme se révèle et s’épanouit.

- Savoir prendre du recul. Savoir apprécier le plus possible chacun des petits bonheurs. Les chérir, les garder le plus longtemps possible. Les difficultés existent mais on peut décider de les oublier, de les remettre à leur juste place ou d'en tirer la meilleure expérience.
Ne pas trop intérioriser. Savoir sortir de soi, extérioriser ce que l'on vit."